Série Portraits cimetiere

In Memoriam

Depuis le début des années 1990, mon travail artistique s’articule autour de questions liées au temps, à la mémoire et aux traces que laissent les êtres et les images.

En 1993, j’ai réalisé une première série de dessins au pastel à l’huile et à la peinture sur papier, inspirée par les photographies émaillées présentes sur les tombes dans les cimetières. Ces portraits photographiques, conçus pour préserver la mémoire des défunts, sont progressivement altérés par l’action du temps et des éléments. Les surfaces se craquellent, les couleurs s’effacent et les visages deviennent parfois difficilement reconnaissables. En observant ces phénomènes de dégradation, j’ai cherché à traduire plastiquement cette transformation de l’image, où la représentation oscille entre apparition et disparition. Ce travail constituait déjà une réflexion sur la fragilité du souvenir et sur la manière dont le temps agit à la fois sur la matière et sur la mémoire.

L’année suivante, en 1994, alors élève à l’école des Beaux-Arts de Beaune (Le Quai), j’ai développé une série de croquis minutes. Réalisés au crayon ou au stylo bille sur de petits formats, ces dessins étaient exécutés rapidement, sans correction, dans un temps très limité. Leur objectif était de saisir l’attitude d’un corps — nu ou habillé — dans l’instant. Cette pratique du croquis rapide m’a permis de travailler la captation d’un moment fugace et de confronter le dessin à l’éphémère du geste et de la perception. Là encore, le travail interrogeait la question de la trace : comment fixer, par quelques lignes seulement, une présence destinée à disparaître presque aussitôt.

En 2013, cette réflexion s’est prolongée dans une série de trois peintures à l’huile sur toile présentée lors d’une exposition à La Coupole à Dijon. Ces peintures reprennent le motif des photographies funéraires altérées par le temps, mais dans un format plus monumental et dans un médium qui permet d’explorer plus profondément la matière picturale. Les effets de dégradation, de brouillage et d’effacement y deviennent des éléments constitutifs de la peinture elle-même.

À travers ces différentes séries, mon travail explore la tension entre présence et disparition. Qu’il s’agisse de visages photographiques altérés par le temps ou de silhouettes captées dans la rapidité d’un croquis, il s’agit toujours de questionner la manière dont les images tentent de préserver une trace du réel tout en étant soumises à l’inévitable processus d’effacement.

Ainsi, mon travail s’inscrit dans une réflexion sur la mémoire individuelle et collective, mais aussi sur notre rapport contemporain aux traces du passé. Les images que nous produisons pour conserver le souvenir — portraits, photographies, représentations du corps — sont elles-mêmes fragiles et périssables. Elles deviennent, avec le temps, des vestiges qui témoignent autant de la présence passée que de son inexorable disparition.

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